allocution par Susan
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voici un discours prononcé à l’occasion de la commémoration du crash du Galaxy c5A traduit par mes soins
Soeur Susan McDonald est une personne clé pour chacun d’entre nous. Elle a été la directrice de la pouponière New Haven à Saigon, mais surtout elle continue à se dévouer pour les adoptés, leur apportant soutien et tentant avec eux de retrouver les traces de leur passé. Elle vit maintenant aux USA, dans le Missouri.
Je suis en contact régulier avec elle par email et messagerie instantanée et je suis à chaque fois frappée par son enthousiasme et son amour pour nous, elle continue à nous appeler "les enfants". Et c’est grâce à son soutien que ce site a vu le jour.
Susan Carol McDonald, Soeur de l’Ordre Notre- Dame de Lorette a fait une intervention clé lors d’un événement au Centre de Ressource de la Période de la Guerre du Vietnam du New Jersey à Holmndel -New Jersey, the New Jersey Vietnam Era Educational Center . Il y avait dans l’assistance beaucoup de jeunes Vietnamiens qu’elle a aidé à sauver. Voici un bref extrait de son allocution.
Mes années passées au Vietnam, du début mai 1973 jusqu’au moment où j’ai pris le dernier vol d’évacuation fin avril 1975, sont les années les plus importantes de ma vie. Certaines personnes présentes dans cette pièce en sont la raison : ceux d’entre vous qui ont été adoptés du Vietnam pendant la période de l’Opération Babylift et avant.
Comme tous les gens aux USA, je regardais les combats le soir à la télévision, nuit après nuit en 1973. Je m’intéressais tout particulièrement au sort des enfants du Vietnam alors j’ai décidé d’aller au Vietnam pour m’occuper d’eux.
J’ai écris à neuf agences différentes et à Rosemary Taylor, une Australienne. Les agences m’ont renvoyé des formulaires de candidature et Rosemary une note très sèche disant : "Nous ne pouvons envisager de prendre un autre bénévole en ce moment. Ceux qui sont déjà là dorment sur le canapé et le sol du salon... De plus je constate que vous êtes une Soeur et vous ne pourrez pas passer toute la journée à prier, et vous ne me dites même pas votre âge. ! "
J’ai répondu à Rosemary et lui ai dit que bien que j’étais une Soeur, j’avais l’habitude de travailler et j’avais travaillé en tant qu’infirmière pour des travailleurs immigrants aux USA. Je lui ai dit que j’avais 27 ans, que mon travail était excellent et qu’elle ferait une grave erreur si elle me rejetait.
Trois mois plus tard j’ai atterri à Saigon et en quelques jours seulement je suis devenue la directrice et seule infirmière d’une des pouponières de Rosemary : New Haven. La plupart des enfants de New Haven avaient séjourné quelques mois dans cette pouponière et se portaient bien dans l’ensemble. Les deux années qui suivirent, nous avons recueilli des centaines d’enfants très malades. Beaucoup étaient des prématurés, en état de malnutrition, et malades ; certains avaient des handicaps congénitaux.
Le Vietnam n’a pas toujours eu d’orphelinats. D’habitude, les orphelins étaient pris en charge par la famille au sens large du terme. Pourtant, au fur et à mesure que la guerre durait, les familles se retrouvaient avec plus d’enfants à charge qu’elles ne pouvaient le supporter. Parce que le Vietnam était en guerre depuis 50 ans déjà, avec la Chine, la France puis les USA, l’économie du pays était au plus bas.
Il y avait 14 orphelinats dans le sud Vietnam en 1955. En 1973 le chiffre atteignait 134 et en 1975 presque chaque village avait le sien. Une minorité de la population de ces orphelinats n’avait pas de famille connue. Les mères les avaient déposés près d’une église, d’un marché, d’un orphelinat ou d’une route où elles étaient sûres qu’on les trouverait. De temps en temps nous allions dans ces orphelinats des provinces du Sud. Si on était certain qu’il était impossible de retrouver les mères, alors nous ramenions ces enfants à Saigon.
Ceux à qui revenaient la part du budget la plus infime de l’Etat vietnamien étaient les orphelins. On leur accordait l’équivalent d’une baguette de pain par mois et par enfant. Les plus vieux avaient un petit bol de riz tandis qu’on donnait aux nourrissons l’eau de cuisson en guise de lait maternisé. Les bébés ne tardaient pas à devenir sous-alimentés et tombaient malades à suivre ce régime, et le taux de mortalité était très élevé. J’ai un jour visité un orphelinat rempli d’enfants, et deux semaines plus tard j’y suis retournée pour le retrouver totalement vide après une épidémie de varicelle.
A titre personnel nous avions le droit d’utiliser les services postaux des USA pour réceptionner des colis de l’étranger. Sans ces dons d’habits, de nourriture, de couches, de lait maternisé et de médicaments en provenance des bien des pays, nous n’aurions pas pu être opérationnels. Donc nous étions très reconnaissants envers ces personnes qui n’étaient pas indifférent au sort des enfants du Vietnam.
Les hommes et les femmes du contingent américain étaient également très généreux. Au fur et à mesure que la tension gagnait du terrain en 1975, des couvre-feux étaient instaurés et chaque nuit ils arrivaient plus tôt. Quand la santé d’un enfant déclinait de façon inquiétante, j’appelais la personne de garde à la Mission Américaine à 2 ou 3 heures du matin, et on venait à la pouponnière avec une ambulance. On me demandait le nom du groupe pour lequel je travaillais. Parfois je répondais l’Ambassade américaine, parfois US AID. Ils étaient obligés de remplir une case sur un formulaire et bien qu’on ne travaillait pas pour aucune agence américaine, ils venaient rapidement pendant les périodes de couvre-feu.
Début avril 1975, les vols commerciaux vers Saigon ont été suspendus. Le 4 avril 1975, on nous informa qu’un des plus grands avions au monde, un cargo C5-A haut comme un immeuble de 5 étages, avait atterri et déchargeait des équipements militaires. Le Président Ford avait entendu notre demande de transport et décida que l’armée s’en occuperait. On a appelé cette opération l’Operation Babylift. Le premier vol devait être cet avion cargo. Il embarquerait les enfants sous notre tutelle et les femmes et enfants du personnel américain.
Nous avions décidé de mettre les enfants les plus âgés en priorité, (de 3 ans et plus). J’ai également envoyé 22 des enfants les plus résistants confiés à mes soins, ceux qui pouvaient supporter d’être attachés dans des sièges réservés aux troupes dans cet immense avion. Chaque enfant avait un passeport et les papiers nécessaires pour l’adoption et était attendu par une famille adoptive.
La capacité du C5A équivalait à un immense gymnase, il y avait des filets sur le sol et quelques sièges le long de la carlingue. Il n’était en aucun cas prévu pour transporter des passagers. Il n’y avait ni ceintures de sécurité ni équipement en oxygène en cas de besoin. Bien plus tard, nous avons appris que cet avion en particulier avait eu 17 incidents impliquant les portes arrières. Nous avons également appris que le pilote avait exprimé des craintes en cas de décompression et qu’il n’y avait aucun moyen de protéger les passagers. Pourtant on a ordonné à ce pilote de continuer.
15 minutes après le décollage, alors que l’appareil atteignait son altitude de croisière juste au-dessus de la Mer de Chine, la porte arrière fut arrachée. Impossible de contrôler l’équilibre de l’avion, mais le pilote mit tout son talent à l’oeuvre pour ramener l’appareil à Saigon. Toutefois il avait perdu le contrôle de la vitesse de descente. Juste à l’entrée de Saigon, l’avion toucha une rizière à la vitesse de 575 km/h, rebondit au dessus du fleuve Saigon, et s’arrêta finalement dans une rizière à quelques kilomètres de Saigon.
En tout, 230 de nos enfants et la moitié de notre personnel avait pris place dans l’avion ; et au moins 180 enfants, personnels et citoyens américains ont péri. Un des membres de notre équipe, Christie Lievermann, a survécu, comme l’ont fait certains des enfants, parmi lesquels étaient les 22 que j’avais moi-même installés à bord.
Ce n’était pas le moment de craquer - Il y avait des enfants blessés dont il fallait s’occuper, et des enfants qui étaient enore sous notre responsabilité. Et il y avait également les enfants restés dans les orphelinats de province.
Le jour suivant, nous avons pu envoyer tous les enfants qui pouvaient supporter le voyage. Puisqu’on ne pouvait compter sur un autre avion, la plupart des membres de notre équipe ont été évacués. Rosemary, Doreen et moi-même sommes restées à Saigon, Rosemary et Doreen pour veiller aux tâches administratives, et moi pour m’occuper des bébés restants, trop malades pour voyager. Les enfants dans les orphelinats de province furent amenés en ville durant les trois semaines pendant lesquelles nous attendions un moyen de partir.
Tous les jours la personne de garde de la mission américaine venait me demander d’embarquer sur un des avions C-141 réservés aux réfugiés. Je répondais que je partirais mais pas sans les enfants (alors au nombre de 200). Il répondait alors "Ne comprenez-vous pas que vous risquez de ne jamais pouvoir partir ? Savez-vous ce qui se passe ?"
Je répondais alors que j’entendais les bombardements, que je voyais les fusées éclairantes la nuit, que je sentais les vibrations des impacts d’obus, et que je savais que deux d’entre eux étaient tombés à deux pas d’ici. Je lui dis : toutes les demies-heures, il y a un C141 qui passe au dessus de cette crèche en partance pour l’étranger, pourriez-vous réserver l’un d’entre eux pour les enfants ?. Et nous eûmes finalement un avion. Nous prîmes les 200 enfants et les 14 adultes et partirent pour les Philippines.
L’avion atterrit à la base aérienne de Clarke, et pour moi c’était comme arriver au paradis. Je fus époustouflée lorsque les deux portes hermétiques de l’avion s’ouvrirent. Il y avait toute une file d’adultes, chacun pour aider un enfant à débarquer. 14 enfants très malades furent immédiatement pris en charge et partirent pour l’hôpital de la base. Ensuite un docteur monta à bord et dit : Etes-vous sûrs qu’il n’y a pas d’autre bébé gravement malade à bord ? Nous avons failli perdre un enfant de l’autre vol cette nuit.
J’étais paralysée à l’idée de savoir que je revenais dans un endroit où aucun enfant ne devait mourir et où il y avait les moyens médicaux pour s’occuper des enfants gravement malades. On nous emmena au centre des réfugiés, une grande salle de sports. Des matelas couvraient le sol et tout autour il y avait de la nourriture pour bébés, du lait, des couches et des vêtements.
J’étais terriblement impressionnée par la générosité des familles de Clarke, des militaires et de l’Armée du Salut.
Les bébé partaient par groupe de 60 tout au long de la semaine, cette fois en avion cargo équipés de sièges et avec un adulte pour deux enfants.
Je partis avec le dernier vol. Au fil des ans j’ai eu vent de rumeurs, de questions et de frustrations causées par l’Operation Babylift et peut-être que vous mêmes, qui en avez fait partie, les avez vous entendues également.
L’une de ces rumeurs veut que les enfants aient été confiés par des mères paniquées au Vietnam et embarqués dans l’avion parce que les mères craignaient pour le futur de leurs enfants. Durant ces derniers jours, seules deux mères paniquées se présentèrent à notre porte demandant qu’on prenne leurs enfants. Pourtant notre collègue vietnamienne calma ces mères et leur assura que l’armée n’avait aucune intention de tuer des enfants. On donna à ces mères un peu d’argent, de la nourriture, et des vêtements mais nous n’avons pas pris les enfants.
Peut-être que d’autres agences ou des gens à titre personnel quittant le Vietnam, acceptaient des enfants, mais je ne l’ai pas vu faire.
Certains ont remis en question le bien fondé de l’Operation Babylift. Des gens, y compris les soeurs de ma propre communauté, m’ont dit : Pourquoi les avoir enlevés à leur propre culture ? Pourquoi voler à un pays sa plus grande richesse ?. La culture de ces enfants était celle d’orphelinats avilissants où les morsures de cafards et de rats étaient choses communes et où l’alimentation et les soins médicaux étaient réduits au strict minimum. Ces enfants appartenaient à une culture où peut-être un enfant sur dix survivait et celui celui-ci grandirait faisant l’objet d’aucune ou de très peu d’attention, n’allant dans les bras de personne, faute d’argent pour les puéricultrices. Et à l’âge de onze ou douze ans on laissait les survivants livrés à eux-mêmes. C’était une culture d’orphelinat dispensée par n’importe quel pays en guerre depuis des années.
Une grande source de frustration pour beaucoup d’adoptés est qu’ils veulent retrouver leur mère biologique et y sont encouragés par les médias et les nombreux organismes de recherche. Très peu d’enfants confiés à nos soins étaient abandonnés par leur mère et ceux dans ce cas ont reçu des informations à leur sujet. Si la mère, un cousin ou tout autre parent était connu, ou même un ami de l’enfant, alors ce dernier restait dans l’orphelinat au Vietnam. Donc partir à la recherche de mères inconnues reste une expérience très frustrante.
On m’a également demandé, et j’imagine que certains d’entre vous dans cette salle se posent également la question : Avez-vous pu laisser le Vietnam derrière vous, avez-vous pu tourner la page ? Ma réponse est jamais, le Vietnam et tous ceux d’entre vous que j’ai connus font et feront toujours partie de ma vie. Et ces liens continuent encore à grandir de façon merveilleuse.
voir le texte original et les photos (format pdf) http://www.lorettocommunity.org/LM_...
cérémonie de récompense pour son travail http://www.lorettocommunity.org/Vie...
mentionnée sur le site PBS http://www.pbs.org/wgbh/amex/daught...
PBS bis http://www.pbs.org/wgbh/amex/daught...
Phu Lam Hoic Duc An orphelinat http://phulam.com/orphanage.htm
